La filière agricole, notamment celle des haricots, traverse une crise majeure dans le territoire de Rutshuru, au Nord-Kivu. Nos reporters se sont rendus sur place, précisément dans la cité de Kiwanja et à Rutshuru-centre, pour constater l’ampleur de la situation.
Sur le terrain, plusieurs commerçants affirment être lourdement impactés par une baisse inattendue du prix du sac de haricots. Ces opérateurs économiques, qui avaient pris l’habitude d’acheter en gros dans l’optique de revendre lorsque les prix montaient, se retrouvent aujourd’hui avec des stocks invendus et une perte considérable.
« J’avais acheté un sac à 90 voire 95 dollars, mais aujourd’hui, le prix est descendu à 60 dollars. Je ne sais plus à quel saint me vouer », déplore un tenancier de dépôt de Kiwanja. Selon lui, la fermeture des banques dans les zones occupées par le mouvement armé M23/AFC serait à la base de cette chute des prix. En l’absence de services financiers actifs, les transactions se raréfient, réduisant la demande sur le marché.
« Avant, on achetait un sac à 90 dollars, maintenant ceux qui ont un peu d’argent l’achètent à 60 dollars. Malheureusement, nous avons encore plusieurs sacs en stock. Le prix continue de baisser. Nous avons peur que ceux achetés à 95 dollars soient vendus à 50 dollars ou moins », ajoute-t-il avec inquiétude.
Cette situation n’épargne pas non plus les producteurs agricoles. À Rutshuru-centre, un agriculteur partage le même sentiment de désespoir. Malgré les efforts consentis dans la culture, les revenus générés ne suffisent plus à couvrir les besoins élémentaires.
« Le marché d’aujourd’hui ne nous sert à rien, surtout à nous les agriculteurs. Si mon enfant tombe malade et qu’on me demande 100 dollars à l’hôpital, je dois vendre combien de sacs ? Nous nous fatiguons pour rien, et pourtant c’est notre seule activité quotidienne », confie-t-il.
Cette crise agricole locale commence à inquiéter bien au-delà de Rutshuru. À Goma, les habitants observent une baisse des prix des produits agricoles… sans pour autant avoir les moyens financiers pour en profiter, en raison de la conjoncture économique générale.
La rédaction



