Dans un contexte politique et sécuritaire particulièrement tendu à l’est de la République Démocratique du Congo, la coordination politique de l’AFC/M23 a franchi une étape en organisant, de sa propre initiative, une session de formation approfondie sur le Droit International Humanitaire (DIH), destinée à ses cadres politiques.
Cet atelier a été marqué par la participation personnelle du coordonnateur de ce mouvement, Corneille Nangaa, qui a affirmé d’entrée de jeu l’objectif de cette initiative : « Nous outiller, car on nous accuse tout le temps. C’est un sujet intéressant en même tant passionnant, la formation a été faite a notre propre demande » a-t-il indiqué.
La session a été encadrée par des experts du Comité International de la Croix-Rouge (CICR), notamment Sarah Menard April, conseillère juridique des opérations, venue spécialement pour exposer les fondements du Droit international humanitaire de la guerre. Au cours de son intervention, des notions essentielles comme la protection des civils, la conduite des hostilités, les règles encadrant la détention des prisonniers et le respect des biens à caractère civil. Une approche pédagogique simplifiée a été privilégiée, afin de rendre le droit applicable et compréhensible pour les acteurs concernés.
Ce geste, rare dans les sphères politico-militaires congolaises, a été salué comme un signal d’ouverture vers une meilleure appropriation des normes humanitaires. Des questions précises ont été posées par les participants à l’intention du CICR, révélant une volonté d’approfondir les compréhensions sur les principes fondamentaux en période de conflit armé. Pour les cadres de l’AFC/M23, il ne s’agissait pas seulement d’un atelier théorique, mais d’un espace de réflexion sur la conduite de leur engagement politique et militaire à la lumière du droit international.
Dans sa déclaration, Corneille Nangaa a affirmé que ce choix de formation s’inscrivait dans une démarche cohérente avec la nature même de leur mouvement : « Nous sommes une révolution constitutionnelle, nous sommes une révolution qui a une cause. Tant que cette cause n’est pas réglée, la lutte continuera ». Pour lui, il est impératif que cette lutte soit menée dans le respect du Droit International Humanitaire, et que celui-ci soit enseigné comme un module à part entière au sein des structures de l’AFC/M23.
Le geste de l’AFC/M23 pourrait apparaître surprenant pour certains observateurs, dans la mesure où ce mouvement. En demandant une formation du CICR, et en affichant la volonté d’intégrer le DHI dans ses pratiques internes, l’AFC/M23 semble vouloir envoyer un signal politique fort, à la fois vers les instances nationales et internationales.
À la fin de l’atelier, le chef de la Sous-Délégation du CICR à Goma, Jérôme Alexandre Imstepf, a salué la qualité des échanges et l’engagement des participants. Selon lui, cette session s’inscrit dans une démarche habituelle du CICR, qui propose des formations similaires aux parties en conflit, aux responsables politiques, aussi bien à Goma qu’à Kinshasa, toujours dans le strict respect de ses principes de neutralité, d’indépendance et d’impartialité.
La symbolique de cette formation ne peut être sous-estimée, au regard de la complexité du conflit qui sévit dans l’est de la RDC. Dans ce contexte, la volonté affichée par l’AFC/M23 de se référer aux normes internationales pourrait redessiner les contours de sa légitimité, ou du moins relancer le débat sur la place du droit dans les conflits armés en Afrique centrale.
Loin d’un simple exercice de communication, cette formation semble marquer une étape dans la stratégie politique de l’AFC/M23, qui cherche à asseoir sa démarche révolutionnaire sur des bases juridiques reconnues. Le message transmis à travers cette initiative pourrait être entendu comme un appel au dialogue, mais aussi comme une tentative de repositionnement du mouvement sur l’échiquier politico-juridique congolais.
En somme, cette journée d’étude sur le Droit Humanitaire International, une question cruciale se pose : une révolution peut-elle se réclamer du droit tout en poursuivant une lutte armée ? Pour l’AFC/M23, la réponse semble être oui, à condition de ne pas perdre de vue les règles qui, même en guerre, définissent l’humanité.
Dans un contexte où la ligne entre légitimité politique et responsabilité juridique est de plus en plus scrutée par l’opinion publique nationale et internationale, l’initiative de Corneille Nangaa et de ses cadres pourrait constituer un précédent, ou du moins ouvrir un débat fondamental : celui de l’encadrement juridique des mouvements politico-militaires, non seulement dans leur fonctionnement, mais aussi dans leurs ambitions de transformation de l’État.
La rédaction



