Alors que l’Ituri est confrontée à une crise sécuritaire persistante, à une insécurité alimentaire grandissante et à l’épidémie d’Ebola, l’éducation nutritionnelle demeure une priorité de santé publique. Pour le Dr Jackson Ular Mananu, médecin spécialisé en santé publique et nutrition, la malnutrition dépasse largement les camps de déplacés et affecte de nombreuses familles vivant au sein des communautés.
Selon le spécialiste, la situation nutritionnelle en Ituri ne peut être analysée indépendamment des multiples crises qui frappent la province. L’insécurité, les déplacements de populations, la hausse du coût de la vie et les difficultés d’accès aux moyens de subsistance fragilisent durablement les ménages.
« La crise nutritionnelle ne concerne pas uniquement les personnes déplacées. Il existe également une malnutrition silencieuse dans les communautés hôtes et dans les zones rurales affectées par l’insécurité », explique-t-il.
D’après lui, de nombreuses familles, bien qu’elles ne vivent pas dans des sites de déplacés, ont perdu leurs champs, leurs activités économiques ou leurs revenus. Cette situation les contraint à réduire le nombre de repas quotidiens, à diminuer les portions ou à remplacer les aliments nutritifs par des produits moins diversifiés et moins coûteux.
Face à cette réalité, le Dr Jackson Ular Mananu estime que l’éducation nutritionnelle conserve toute sa pertinence. Toutefois, elle doit être adaptée au contexte socio-économique actuel.
« Nous ne pouvons pas simplement demander aux familles de manger équilibré si elles n’ont pas les moyens de se procurer certains aliments. Il faut leur apprendre à mieux valoriser les ressources alimentaires disponibles localement, à améliorer l’alimentation des enfants, notamment durant les mille premiers jours de la vie, et à prévenir les maladies qui aggravent la malnutrition », souligne-t-il.
L’expert attire également l’attention sur l’impact de l’épidémie d’Ebola, qui vient accentuer des vulnérabilités déjà existantes. Selon lui, une flambée épidémique perturbe les activités économiques, limite l’accès aux marchés et aux services de santé et peut retarder le recours aux soins en raison de la peur au sein des communautés.
Il plaide ainsi pour une approche intégrée, combinant la lutte contre Ebola et les interventions nutritionnelles, afin de poursuivre le dépistage et la prise en charge des enfants souffrant de malnutrition tout en renforçant les mesures de prévention contre la maladie.
Pour améliorer durablement la situation, le spécialiste recommande de renforcer le dépistage communautaire de la malnutrition, de poursuivre les actions d’éducation nutritionnelle, de protéger les mille premiers jours de la vie, de soutenir les moyens de subsistance des ménages et de garantir un meilleur accès aux soins de santé, à l’eau potable et à une alimentation suffisante.
En conclusion, Jackson Ular rappelle que l’Ituri fait face à des crises qui s’alimentent mutuellement : l’insécurité, la pauvreté, l’insécurité alimentaire et l’épidémie d’Ebola. Pour lui, la nutrition ne doit plus être considérée comme une problématique limitée aux populations déplacées ou aux organisations humanitaires.
« Prévenir la malnutrition, c’est protéger les enfants, renforcer la résilience des familles et bâtir des communautés capables de mieux résister aux crises », conclut-il.
Jonathan Bavonga depuis Bunia



