Le Consortium International pour les Droits Humains au Congo (CIDHC) a rendu public, dans la soirée de jeudi 1er octobre 2026, son rapport d’enquête humanitaire indépendante sur les violations des droits humains et du droit international humanitaire en RDC.
Ce condensé de 125 pages est le résultat de six années de recherches fouillées, couvrant la période de janvier 2020 à juin 2026. Il repose sur 986 incidents documentés, 287 entretiens semi-directifs, des témoignages recueillis, des documents officiels et institutionnels ainsi que des informations provenant de diverses sources. Les auteurs précisent qu’il ne prétend pas dresser une photographie exhaustive de toutes les violations commises.
Le rapport a été présenté à Goma devant le Chef adjoint du Département de la Justice et Droits Humains de l’AFC/M23, Me Emmanuel Mugisa, Mme Alice Banyange Mukamucyo, Conseillère principale du Gouverneur chargée des questions humanitaires, le délégué du Maire de Goma, Alexis Ndalihoranye, Chef de Division Unique à la Mairie, ainsi que des activistes de la société civile, des défenseurs des droits humains et des journalistes.
La présentation s’est faite simultanément à Goma en RDC et à Bruxelles en Belgique, a révélé Me Jean Paul Paluku Ngahangondi, qui a présenté le rapport.
Il ne vise pas à se substituer aux juridictions établies, mais à ce que les faits rapportés puissent faire l’objet d’enquêtes indépendantes, impartiales et contradictoires. L’étude porte principalement sur les provinces du Nord-Kivu, du Sud-Kivu et de l’Ituri, avec des éléments complémentaires du Maniema, du Kwango et de Kinshasa.
Complexification du conflit à l’Est
L’un des principaux constats du rapport est la complexification du conflit dans l’Est de la RDC. Depuis la reprise des hostilités du M23 fin 2021, le paysage militaire et politique s’est profondément transformé. La présence et l’intervention de multiples forces étatiques, groupes armés locaux et étrangers, forces régionales et autres acteurs, ont rendu la chaîne de commandement plus difficile à établir et les responsabilités plus complexes à documenter.
Les principales violations documentées
Les 986 incidents analysés font apparaître plusieurs catégories de violations, notamment :
• Les exécutions et atteintes au droit à la vie
• Les disparitions et enlèvements
• Les détentions arbitraires, tortures et traitements dégradants
• Les violences sexuelles liées au conflit
• Le déplacement forcé de populations
• Les pillages et destructions de biens
• Les attaques contre les populations civiles
• Le recrutement et l’utilisation d’enfants
• Les restrictions de circulation, extorsions et barrières illégales
Le document fait état de massacres et assassinats, d’exécutions sommaires, de mutilations et de tortures. Certaines victimes auraient été ciblées en raison de leur appartenance réelle (faciès) ou supposée à une communauté, de leur origine ou de leurs activités politiques. Ces éléments, selon les auteurs, doivent faire l’objet d’enquêtes pour déterminer les auteurs directs, les éventuels responsables hiérarchiques, les circonstances exactes et les mobiles des attaques.
« Nous sommes dans l’inversion des valeurs, dénotant une situation d’absence de l’État. La distribution des armes aux Wazalendo illustre cet état […] et marque la sortie d’un système rationnel de respect des règles de principe pour arriver à une dérive institutionnelle », a déclaré l’Ambassadeur Thierry, chercheur en droits humains, tout en condamnant avec véhémence les bombardements répétitifs de civils par des drones de guerre dans les hauts plateaux de Minembwe au Sud-Kivu et en territoire de Masisi au Nord-Kivu.
Réaction du Chef adjoint du département de la justice et droits humains de l’AFC/M23
Présent dans la salle, le Chef adjoint du Département de la Justice et Droits Humains de l’AFC/M23, Me Emmanuel Mugisa, a également condamné ces violations.
« Le Département de la Justice et Droits Humains condamne avec la dernière énergie les bombardements de populations civiles dans les hauts plateaux de Minembwe, au Sud-Kivu, et en territoire de Masisi, au Nord-Kivu. Nous condamnons aussi les violations des droits humains en Ituri, où la population civile dans le site de déplacés de Kigonza à Bunia est tracassée par des FARDC. Nous condamnons également la reprise des massacres de populations civiles à Djugu, en Ituri, par des éléments de la milice CODECO soutenus par les FARDC. Bien entendu, nous condamnons aussi les massacres des populations civiles à Mambasa par des ADF, considérés comme alliés des FARDC », a-t-il déclaré.
Il a estimé que les populations civiles sont prises pour cible alors qu’elles ne sont pas partie au conflit et ne méritent pas ce traitement. Il a signalé que son département a pris acte de ce rapport consistant produit par le CIDHC et qu’il entend mener des enquêtes rigoureuses sur les faits évoqués.
La rédaction



