À l’occasion de la Journée internationale de l’alphabétisation, célébrée chaque 8 septembre, le collectif Alpha Ujuvi a réuni, ce mardi 8 septembre 2026 à Goma, les professionnels des médias du Nord-Kivu. Placée au niveau international sous le thème « L’alphabétisation pour les peuples, la planète et la prospérité », cette édition a été marquée en République démocratique du Congo par un accent particulier sur un volet national : « L’alphabétisation et les défis climatiques»
Fondée en 2001, cette structure totalise 25 ans dédiés à la formation des formateurs, à la prévention de l’illettrisme, à la recherche documentaire ainsi qu’à la conception de modules adaptés. L’objectif principal de cette conférence de presse était de rappeler aux décideurs et au grand public que l’accès aux savoirs fondamentaux demeure un droit humain inaliénable et un levier puissant d’autonomisation.

Monsieur Bayongwa Jean-Bosco, chargé de la pédagogie et de l’andragogie au sein du collectif, a exhorté les journalistes à accorder une plus grande visibilité aux compétences acquises par les adultes formés, notamment en matière de lecture, d’écriture et de calcul de base.
« Si le collectif Alpha Ujuvi vous a invités, c’est pour mettre en lumière un combat invisible mais fondamental : celui de l’accès à la lecture, à l’écriture et au calcul pour les adultes. Au sein de notre organisation, nous croyons fermement que l’alphabétisation n’est pas seulement un apprentissage scolaire ; c’est le premier pas vers la dignité, l’autonomie et le développement économique », a insisté Monsieur Bayongwa Jean-Bosco.

Abordant le cœur de la thématique nationale, la Sœur Deodata Bunzigiye, secrétaire exécutive d’Alpha Ujuvi, a souligné la pertinence de lier l’apprentissage des adultes aux urgences environnementales. Selon elle, une population alphabétisée dispose d’outils intellectuels indispensables pour décoder les mutations écologiques et participer activement à la protection d’un environnement fragilisé par la forte pression humaine.
« Les personnes analphabètes sont des adultes qui connaissent la vie, mais qui ne la lisent pas de la même manière qu’une personne instruite peut décoder les événements ou son environnement. Venir avec l’alphabétisation, c’est appuyer ces cibles, individus ou groupes, à savoir comment se comporter face aux événements et aux phénomènes sociaux. Juste parce qu’ils vivent dans la société, ils lisent l’environnement, mais pas comme une élite de l’univers linguistique. Donc, dans chaque programme, que ce soit pour l’environnement, la citoyenneté ou l’agriculture, l’alphabétisation nous vient comme un appui», a martelé Sœur Deodata.
Avec un quart de siècle d’existence, le collectif Alpha Ujuvi affiche un bilan marquant : environ 10 000 personnes alphabétisées chaque année. Une réussite remarquable, fruit d’une prise de conscience progressive des communautés locales par rapport aux décennies précédentes. Toutefois, ce parcours n’a pas été sans embûches. La Sœur Deodata n’a pas manqué de rappeler les obstacles majeurs qui freinent les descentes sur le terrain, citant la persistance des conflits armés, les crises sanitaires, ainsi que la précarité des moyens matériels et financiers.
« Le bilan que nous avons est un tableau de satisfaction, parce qu’en 25 ans, nous avons au moins sensibilisé la population, avec vous les journalistes et nos partenaires, en montrant l’importance de l’alphabétisation. Auparavant, le problème lié à l’analphabétisme était camouflé et les gens n’étaient pas informés. La grande satisfaction, c’est que les partenaires étatiques, les confessions religieuses, le monde humanitaire et tous les membres de la société civile ont compris que l’alphabétisation est liée à tout ce qui nous accompagne jour après jour, et de voir de nombreuses personnes, groupes et communautés que nous avons aidés à s’alphabétiser lier cela à leur quotidien », a-t-elle déclaré.

Et de poursuivre : « En termes de défis, ce sont les événements malheureux qui se succèdent : les catastrophes naturelles comme les éruptions volcaniques, le COVID, les guerres… Malgré tout cela, l’éducation reste une priorité, car la personne continue de souffrir si elle n’apprend pas à lire et à écrire ou à utiliser ces savoirs au quotidien. D’autres défis sont liés aux moyens matériels et financiers, car nous utilisons beaucoup d’outils et cela demande d’importants moyens. »

En clôturant cette rencontre d’échange, la secrétaire exécutive a lancé un appel pressant à toute la communauté, et en particulier aux femmes, les invitant à s’inscrire massivement dans les centres d’alphabétisation. Pour le collectif, apprendre à lire et à écrire constitue la meilleure voie vers l’autonomie socio-économique et une contribution directe au progrès de la nation.
Pour rappel, la Journée internationale de l’alphabétisation est célébrée chaque année le 8 septembre à travers le monde. Instaurée en 1966 par l’UNESCO (Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture), elle a été observée pour la première fois en 1967.
La redaction



