Alors que la crise sécuritaire continue de secouer l’est de la République démocratique du Congo, l’analyste politique Anselme Rukuyenge livre un regard critique sur les récents pourparlers de paix et les différents accords en cours. Dans une déclaration sans détour, il exprime de profonds doutes quant à la sincérité des acteurs impliqués, et pointe du doigt ce qu’il qualifie d’« hypocrisie » dans le processus actuel.
« Pour moi, la logique de la guerre ayant déjà pris le dessus, dans le dialogue actuel, il y a plus d’hypocrisie. En réalité, même s’il y a cessez-le-feu, c’est une guerre reportée », estime-t-il.
Celui-ci doute de la volonté réelle des deux camps à respecter les engagements pris. Il avance trois raisons majeures qui expliquent, selon lui, la fragilité des accords actuels.
Aselme Rukuyenge accuse directement le président Félix Tshisekedi d’avoir manqué une occasion de négocier en amont, à un moment où il était encore en position de force.
«Félix n’a jamais eu la volonté réelle de négocier. Il pouvait nous éviter la guerre en négociant depuis qu’ils étaient à Bunagana. Et il allait le faire en position de force, car ses faiblesses n’étaient pas encore mises à nues. »
Selon lui, le texte de l’accord de cessez-le-feu a été imposé de l’extérieur, par des acteurs internationaux qui défendent avant tout leurs intérêts économiques. Il cite notamment les États-Unis et le Qatar.
« L’accord lui-même se fait par césarienne. Le texte vient de ceux qui jouent à l’arbitrage. Il a plus une connotation économique. TRUMP a ses propres calculs… Quant au Qatar, il a plus d’intérêt au Rwanda qu’en RDC. »
Pour Rukuyenge, la RDC ressort de ces négociations comme la grande perdante. Il s’inquiète également des conséquences de l’accord avec les États-Unis sur l’exploitation des minerais. Il évoque un risque d’exploitation déséquilibrée, avec un traitement des ressources congolaises… au Rwanda.
« On exploitera les minerais en RDC pour aller les traiter au Rwanda. Ça peut être appliqué au début, mais plus tard, il y aura refus des Congolais… Bref, on a donné tout au Rwanda.»
Il redoute que cet accord crée un précédent explosif et soit remis en cause par un futur pouvoir congolais.
Anselme Rukuyenge adopte une position radicale. Pour lui, seule une victoire claire de l’un des deux belligérants pouvait apporter une solution. Il tient le président congolais pour principal responsable de la persistance du conflit et l’accuse d’avoir affaibli l’opposition swahiliphone en poussant ses leaders à l’exil.
« Il fallait seulement que l’un des deux belligérants gagne. Et pour moi, le mal, c’est Félix… Il s’est attiré la foudre de toute l’opposition swahiliphone… Il y aura toujours des rébellions à l’Est, tant qu’il sera là. » a-t-il conclu.
La rédaction



