À travers une note circulaire, le gouvernement de la RDC, via le ministère de l’Éducation nationale et de l’Initiation à la Nouvelle Citoyenneté, a interdit aux écoles de refouler les filles à cause de leur grossesse.
La publication de cette mesure a provoqué un tollé sur les réseaux sociaux, où certains se disent opposés, pensant que cela marque le début de la dégradation de l’éducation en RDC. D’autres, en revanche, saluent ce geste du gouvernement congolais. C’est le cas de madame Passy Mubalama, activiste des droits des femmes et responsable de l’organisation AIDPROFEN.
Au cours d’un entretien téléphonique ce mercredi 16 juillet 2025, elle n’a pas manqué d’exprimer sa grande joie face à cette décision du ministère de l’Éducation nationale. Selon elle, cette mesure est juste, humaine et progressiste.
À l’en croire, l’éducation est un droit fondamental pour chaque enfant, pour chaque fille, et aucune grossesse ne devrait être un prétexte pour priver une jeune fille de son avenir, notamment l’accès à l’école.
« Cette mesure va permettre à des milliers de filles en RDC de continuer d’aller à l’école, de garder leur dignité et de briser le cycle de la violence. Malheureusement, en RDC, la grossesse accidentelle est souvent liée à des cas de viol, et pour moi, cela ne devrait pas être un motif de punition. »
« Imaginez une fille de moins de 18 ans qui tombe enceinte après avoir été violée. Elle est mineure et n’a pas donné de consentement à une relation sexuelle, qu’elle soit voulue ou forcée.
Au contraire, c’est après un viol ou une grossesse que les jeunes filles ont le plus besoin de soutien et d’opportunités. Les exclure de l’école revient à les priver d’un avenir, dont l’accès à l’éducation. »
Passy Mubalama estime que cette décision constitue un pas important dans la lutte contre les discriminations basées sur le genre, car trop souvent, seules les filles sont sanctionnées.
« Lorsqu’une fille tombe enceinte, elle est punie mais pas le garçon impliqué. Même devant la justice, il est difficile de le sanctionner. Lui continue ses études sans que sa scolarité soit perturbée. Aujourd’hui, c’est un message fort : chaque fille a droit à l’éducation, quel que soit son parcours. J’estime que c’est une très bonne décision, et je ne pense pas qu’elle ait été prise à la hâte. »
Elle rappelle que cette lutte est menée depuis plusieurs années par les organisations de défense des droits humains, qui se sont longtemps opposées à l’exclusion scolaire des filles enceintes, alors que les garçons auteurs poursuivaient leurs études en toute tranquillité.
« Pour moi, une fille enceinte reste une élève. Elle reste une future femme capable, forte, qui a le droit de réussir. C’est en éduquant toutes nos filles sans exception que nous bâtirons un Congo plus juste et prospère. »
Par ailleurs, madame Mubalama encourage le gouvernement à aller plus loin en accompagnant cette mesure par des actions concrètes : programmes d’éducation sexuelle adaptés, soutien psychologique pour les jeunes mères, et réintégration scolaire sans discrimination.
Elle répond également aux critiques émises sur les réseaux sociaux, selon lesquelles cette mesure pourrait avoir un effet négatif sur le système éducatif.
« Je ne pense pas que cette mesure puisse avoir des conséquences sur l’éducation nationale dans notre pays.
Personnellement, j’ai lu sur les réseaux sociaux que ce sont surtout des hommes qui estiment que cette mesure salvatrice risque de nuire à l’éducation, en pensant que les filles enceintes vont influencer les autres. Ce sont là des préjugés non fondés« , précise Passy Mubalama.
Guellord Risasi



